Les théâtres de France sont à la recherche d’acteurs masqués et de solutions créatives

1 septembre 2020

La société de France, Les Tréteaux, fait présentement face aux défis de distanciation sociale et cette dernière doit se plier à une panoplie de mesures, notamment, des voix off et des cadres inhabituels.

PARIS - Dans les pays où les performances en direct ont repris, le public masqué est devenu un spectacle familier. Les masques faciaux pour les acteurs sont cependant une autre histoire: comment les interprètes peuvent-ils projeter leurs voix et leurs émotions, avec plus de la moitié de leur visage caché?

La compagnie itinérante Les Tréteaux de France a relevé le défi en interprétant une pièce de théâtre en vers, du XVIIe siècle, rien de moins. La semaine dernière, à Cergy, une banlieue à l'ouest de Paris, sept acteurs masqués ont échangé des alexandrines dans le «Britannicus» de Racine, une tragédie retraçant la descente de l'empereur romain Néron dans une violente folie après avoir enlevé la fiancée de Britannicus, son demi-frère.

Le prologue en vers, a été co-écrit par l’équipe de la distribution ainsi que le réalisateur, Robin Renucci. Celui-ci a tenté d'expliquer les costumes atypiques comme ceci: Rome, a-t-il déclaré avant le début du spectacle tout en s’imprègnent de son personnage, a à l’époque été frappée par une peste bubonique et les masques étaient une nécessité.

Cependant, l’avertissement était bien désisoire, car les masques sont depuis toujours une tradition théâtrale séculaire. De nos jours, la principale différence est qu’avec la pandémie actuelle, la bouche doit être couverte, tandis qu’à l’époque, les demi-masques de style commedia dell'arte étaient conçus pour exagérer les traits du front, des yeux et du nez, tout en laissant la bouche dégagée.

Dans une entrevue téléphonique, Monsieur Renucci, dirigeant des Tréteaux de France depuis 2011, a déclaré que les acteurs de la pièce «Britannicus» avaient débuté les répétitions avec leurs nouveaux accessoires en mai dernier, dès la fin du confinement en France. Jouer une scène avec un masque sur le visage n'est pas qu'une question d'habitude. Lorsqu'un acteur délivre beaucoup de texte, les masques deviennent vite humides et collent à la peau, déclare Robin Renucci. C’est pourquoi, chaque membre de la distribution doit changer de masque quatre à cinq fois lors d’une seule performance de deux heures. Ils ont expérimenté différents tissus afin de trouver celui convenant le mieux à la situation. D’ailleurs, beaucoup de gens portent des masques en coton. Cependant, l’actrice Nadine Darmon (qui joue le rôle d’Agrippine), a quant à elle adopté le polyamide lors de la course à Cergy afin de tester l'effet sur le son.

Il ne faut pas oublier qu’à Cergy, la pluie est persiatante et «Britannicus» était joué sous une tente dans un centre d’activité en plein air. Pendant les premières scènes, les acteurs ont dû fournir des efforts louables pour s’accrocher au rythme solennel et délibéré du couplet de Racine. Les voix des acteurs étaient étouffées, avec des consonnes plus ternes et plusieurs interprètes ont été obligé de remettre leur masque en place car ce dernier glissait le long de leur menton et ce, à chaque monologue.

Pourtant, mon oreille s'est assez tôt ajustée. Nous étions assis aux quatre coins de la petite scène et cette proximité entre les acteurs et le public a contribué à atténuer l'effet étouffant du son. Les acteurs ont démontré très peu d’inconfort mais sachez que ce n’est pas une mince affaire étant donné que la respiration, dans les pièces de Racine, est directement liée au flux et au reflux des alexandrins.

Par ailleurs, les interprètes qui en disent long avec leurs yeux (comme Louise Legendre, captivante comme Junie, la fiancée de Britannicus) sont dorénavant avantagé lorsqu'ils sont masqué.

En outre, d'autres détails deviennent visible étant donné que l'expressivité du visage est limitée. Dans la production contemporaine de Renucci, Nero et sa mère, Agrippine, portent des imprimés et des bijoux contemporains ostentatoires afin de représenter la mafia italienne. En incarnant Néron, Tariq Bettahar, a représenté la dureté de l’empereur avec des gestes déterminés tels que: se gratter l’entrejambe et laisser sa main reposer sous sa chemise.

Dans les dernières minutes de «Britannicus», Renucci permet à certains personnages de retirer symboliquement leur masque afin d’exprimer clairement un sentiment. J'ai été surpris de constater que plusieurs acteurs avaient soudainement l'air très différents. L’esquisse mentale que je m’étais fait des visages des acteurs en me basant sur leurs yeux s’est au final révélée fausse et c’est probablement parce que les personnages incarnés coloraient notre perception. Il reste que nous devrons peut-être nous habituer à cette illusion car la nouvelle vie masquée semble être là pour rester.

De plus, la pièce «Britannicus» produite par Les Tréteaux de France a eu une saison estivale bien remplie et a été organisée dans trois centres de loisirs. Les villes de banlieue Draveil et Cergy et maintenant c’est la ville de Saint-Quentin-en-Yvelines qui aura l’honneur de recevoir la production. Les visiteurs venant faire du kayak, de l'aviron et de l'escalade pourront à l’avenir assister à des spectacles gratuits et des ateliers de théâtre tout au long de leur séjour. Ce nouveau programme est une initiative de la région parisienne qui le finance.

Les décors originaux sont le pain et le beurre des Tréteaux de France, le seul centre dramatique national de France, sans scène qui lui soit propre. Depuis sa création en 1959, la compagnie est demeurée une entreprise itinérante et elle se produit généralement au sein de communautés mal desservies par le réseau français où il y a peu ou pas dutout de salle de spectacle. Comme l’a dit Renucci: «L’objectif est d’aller là où se trouvent les gens qui ne vont généralement pas au théâtre.»

La course à Cergy a démontré une incertitude courante au sein de la communauté artistique. Avant l'ouverture de «Britannicus», deux représentations d'une nouvelle pièce, «Faire Forêt (Variations Bartleby)» de Simon Grangeat, mise en scène par Solenn Goix, ont été annulées à la dernière minute car un interprète avait développé des symptômes similaires à ceux de la Covid-19.

Au final, ça s'est avéré être une pharyngite, mais malheureusement le mal été fait.

Source: https://www.nytimes.com/2020/08/20/theater/france-theater-coronavirus.html